House of Guinness : deux séries servies pour le prix d’une

House of Guinness. C’est beau l’amour

Netflix propose une saga inspirée de l’une des dynasties les plus célèbres et les plus durables d’Europe, entre Dublin et New York, au XIXᵉ siècle. L’histoire s’ouvre juste après la mort de Sir Benjamin Guinness, artisan du succès de la brasserie.

Ses quatre enfants adultes héritent d’un empire et d’un testament aux conséquences considérables. Famille, pouvoir, rivalités : le programme est connu, et il a fait ses preuves. Les huit épisodes sont arrivés d’un bloc sans laisser au spectateur le temps de se reprendre.

Peaky Blinders, version salon

La série hésite entre deux ambitions. Elle voudrait être une fresque quasi historique sur la famille Guinness, et Steven Knight, qui a créé la série et écrit ses huit épisodes, y glisse du Peaky Blinders avec gourmandise.

L’assemblage est contrasté. La sauce a du mal à prendre, et le plat devient par moments indigeste. Le spectateur venu pour la chronique familiale reçoit des scènes de gangsters, celui qui attendait des gangsters reçoit des conversations d’héritage. On croirait deux séries qui se croisent sans se saluer.

Les ingrédients sont pourtant bons, ce qui rend le résultat plus irritant. Dès les premières scènes, la patte de Knight s’impose : des figures sombres et butées, des dialogues qui crépitent, des répliques ciselées.

La musique d’une autre époque, marque de fabrique de Peaky Blinders, revient, complétée de titres récents dont certains s’attardent plus qu’il ne faudrait. Plutôt tenu en laisse du côté des Shelby, l’auteur lâche ici la bride.

Il en sort un drame de grande maison façon Downton Abbey qui bascule dans un délire historique, comme si le récit avait été confié à un érudit un peu trop familier de la fée verte.

L’intrigue mêle les affaires de famille et les rapports de force entre pays : trahisons, complots, secrets dérobés, avec en toile de fond des amours masculines tenues cachées, des visées venues d’Amérique et des clivages entre confessions, qui s’entrecroisent sans que l’un étouffe l’autre.

Le rapprochement avec Peaky Blinders s’impose, mais une écriture plus dépouillée et une mise en scène serrée sur les visages donnent ici davantage de densité. Tom Shankland et Mounia Akl filment la souffrance et la brutalité à chaque plan, et font d’un dîner de famille un théâtre d’affrontement mental.

Une famille nombreuse

Arthur (Anthony Boyle), Edward (Louis Partridge), Anne (Emily Fairn) et Ben (Fionn O’Shea) tiennent le centre. James Norton, en Sean Rafferty, et Jack Gleeson, en Byron Hedges, entretiennent la tension autour d’eux, avec toute une troupe de rivaux et de domestiques. Chacun reçoit son temps d’écran, et l’intrigue s’en trouve répartie avec une générosité qui finit par l’étirer.

À table

Les réalisateurs poussent le soin apporté à l’image jusqu’à la gloutonnerie filmée, et on les attendait là-dessus. Les pintes moussent et coulent avec sensualité, comme pour rappeler que la première gorgée sert aussi à marquer un rang dans la société.
Ce genre de production se montre plus fidèle à l’esprit général de l’époque qu’aux détails factuels.

Il est très difficile, voire impossible, d’être à la hauteur d’un tel moment historique, et la série s’en approche de loin, avec des costumes soignés.

Un élément central joue pourtant souvent en faveur de ces programmes : on les regarde deux fois. Le public qui les suit aime se plonger dans chaque détail visuel, stylistique et culturel de l’histoire qu’il a sous les yeux. Au deuxième passage, on regarde les décors, les étoffes, la manière dont chacun tient son verre, puisque l’on sait enfin qui trahit qui.

Le manque d’adhésion initial à l’intrigue devient peu à peu un fil d’Ariane, qui tient les spectateurs en haleine. La série gagne donc à être revue, ce qui revient à lui reconnaître des qualités en admettant que la première fois ne suffit pas.

Verdict

Pour un mélange aussi instable, House of Guinness tient pourtant la route. Elle a du style, une distribution qui s’engage et une écriture qui sait faire mouche. Ce n’est pas la fresque exacte que l’on pouvait espérer, mais c’est un divertissement soigné, souvent captivant, qui donne envie de s’en resservir une.

Fiche officielle

Création et scénario : Steven Knight. Réalisation : Tom Shankland (épisodes 1 à 5), Mounia Akl (épisodes 6 à 8).
Production : Kudos et Nebulastar, pour Netflix. Producteurs exécutifs : Steven Knight, Karen Wilson, Elinor Day, Martin Haines, Tom Shankland, Ivana Lowell. Producteur de série : Cahal Bannon. Producteur : Howard Burch.
Distribution : Anthony Boyle (Arthur Guinness), Louis Partridge (Edward Guinness), Emily Fairn (Anne Plunket, née Guinness), Fionn O’Shea (Benjamin Guinness), James Norton (Sean Rafferty), Jack Gleeson (Byron Hedges), Dervla Kirwan (tante Agnes Guinness), Michael McElhatton (John Potter), Seamus O’Hara (Patrick Cochrane), Niamh McCormack (Ellen Cochrane).
Format : 8 épisodes, mis en ligne le 25 septembre 2025 sur Netflix. Thierry Brun Auteur

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